L'extrême droite au Parlement européen

(Mise à jour: 2 juillet 2024)

Aux élections des 6-9 juin 2024, les partis d’extrême droite ont obtenu un résultat sans précédent, avec environ un quart des sièges. Si elle formait un seul groupe politique, l’extrême droite serait le deuxième groupe au Parlement européen, avec environ 180 députés, juste après le PPE (184 députés).

Cependant, une unification de l’extrême droite européenne paraît peu probable. Actuellement, et jusqu’au 15 juillet, date de la première session du nouveau Parlement et de la constitution des groupes politiques, la situation est très fluide à droite de la droite.

Au Parlement européen, l’extrême droite est divisée en deux groupes, l’ECR et ID, depuis 2014.

L’ECR (Conservateurs et Réformateurs européens) regroupe les partis qui se définissent comme « conservateurs » et plus modérés, même si dans les faits, certains sont tout aussi extrémistes que les partis du groupe ID.

En effet, d’abord organisé autour du parti conservateur britannique et du PiS polonais, le groupe ECR a glissé vers la droite extrême après la prise du pouvoir par le PiS en Pologne (2015) et la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (à partir de 2016). En effet, le départ du Parti conservateur britannique a privé le groupe d’un membre penchant davantage vers la droite « classique » – malgré une évolution droitière marquée de ce parti – et le PiS s’est radicalisé après son arrivée au pouvoir et son choix de la confrontation avec les institutions européennes.

Les autres principaux membres actuels sont : Fratelli d’Italia (le parti de la Première Ministre Giorgia Meloni), Vox (Espagne), la NVA (qui va peut-être changer de groupe, Belgique), les Démocrates de Suède

Le groupe ID (Démocratie et Identité) veut « sauvegarder l’identité des peuples européens » et se prononce contre « toute construction supranationale ».

Il regroupe les partis les plus extrémistes : le RN (Rassemblement national français), le Vlaams Belang (Belgique), la Lega (Italie), le FPÖ (Autriche), le PVV de Geert Wilders (Pays-Bas), et l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) jusqu’à son exclusion à l’initiative du RN en 2024.

Un certain nombre de petits partis (avec un ou deux députés) sont non-inscrits.

Si elle formait un seul groupe politique, l’extrême droite serait le deuxième groupe au Parlement européen.

Les tentatives d’union qui ont eu lieu pendant la législature 2019-2024 ont toutes échoué. La division de l’extrême droite a même augmenté, car les députés de la Fidesz (parti du Premier Ministre hongrois Viktor Orban), après l’exclusion de ce parti du PPE en 2021, sont restés non-inscrits, et l’AfD a été exclue du groupe ID.

D’autres partis populistes mais proches de l’extrême droite sont restés non-inscrits, comme le SMER (du Premier Ministre slovaque Robert Fico) après son exclusion du Parti socialiste européen (groupe S&D au Parlement).

Patriotes pour l’Europe : la nouvelle alliance lancée par Viktor Orban

Après les élections de juin 2024, et exploitant la visibilité que lui donne la présidence hongroise de l’Union (juillet-décembre 2024), Viktor Orban tente d’unifier les partis d’extrême droite autour du Fidesz. Orban est le plus ancien dirigeant nationaliste au pouvoir en Europe. Il a créé un régime autoritaire qui est devenu un modèle pour de nombreux autres partis de ce courant.

Le 30 juin, il annonce la création d’une nouvelle alliance des « Patriotes pour l’Europe » avec Herbert Kickl (FPÖ, auparavant à ID) et Andrej Babiš, chef du parti ANO (République tchèque), populiste, mais jusqu’à l’annonce de cette alliance membre du groupe centriste-libéral Renew.

Le succès de cette nouvelle initiative va dépendre de leur capacité à attirer de nouveaux membres, car un groupe politique doit regrouper des députés issus d’au moins sept États membres.

Les cofondateurs des Patriotes pour l’Europe ont déclaré vouloir « défendre la souveraineté de chaque État », avec un retransfert de compétences vers les États membres, une Commission et un Parlement plus petits, défaire la « centralisation » de l’UE, une politique anti-immigration… La guerre russo-ukrainienne figure en bonne place dans leur programme : ils veulent changer la politique actuelle de soutien à l’Ukraine (Orban et le FPÖ ont de très bonnes relations avec le Kremlin). Enfin, ils remettent en cause le Green Deal.

Unification ou division de l’extrême droite européenne ?

L’initiative de Viktor Orban est-elle l’amorce d’une unification des partis d’extrême droite ou un approfondissement de la division de ce courant qui a déjà démontré son incapacité à s’unir de manière durable ?

En effet, avant de créer l’alliance des « Patriotes », le Fidesz devait rejoindre le groupe ECR, mais y a renoncé après l’adhésion des nationaliste roumains d’AUR (Alliance pour l’Unité des Roumains), à cause de leurs positions jugées anti-hongroises. C’est toute la difficulté d’une internationale des nationalistes…

Il est possible que l’AfD, actuellement sans groupe, rejoigne l’alliance. Viktor Orban a demandé au PiS de rejoindre l’alliance, mais le parti polonais préfère pour l’instant rester dans le groupe ECR. Le RN pourrait aussi rejoindre cette nouvelle alliance, ce qui porterait un coup fatal au groupe ID. Les manœuvres n’ont pas terminé, et la situation ne sera éclaircie que le 15 juillet.

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